Médecin traitant : une réforme chère et inaboutie

Mise à jour le 13/04/2017, par Cédric - AFLAR

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Les Echos rend compte du dernier rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques, et relève que selon celui-ci, « la mise en place du médecin traitant, en 2004, a coûté cher et s’est avérée complexe pour les patients ». Le journal rappelle que la mesure « visait à mieux réguler le système de soins tout en préservant les fondements de la médecine libérale à la française. Indispensable, cette réforme est malheureusement restée inaboutie, déplore la Cour. Et elle présente plusieurs travers ».

Les malades pénalisés

Les magistrats écrivent ainsi que « sa mise en place s’est avant tout traduite pour l’assuré par un parcours tarifaire d’une considérable complexité ». Les Echos note que « les malades qui consultent directement un praticien […] sont lourdement pénalisés, la part de la dépense laissée à leur charge par l’Assurance-maladie passant à 70%, au lieu de 30%. […] Ce principe, contraignant mais simple, a été compliqué par plusieurs exceptions. Les patients peuvent accéder directement à certaines spécialités (ophtalmologie, gynécologie…) ou certains types de consultations ».

Une réforme coûteuse

« Plus grave, les préoccupations de l’assurance-maladie et des syndicats de médecins libéraux ont largement pris le pas sur le contenu médical du dispositif » , poursuit le journal, ajoutant que « cette réforme a eu un coût : les revalorisations tarifaires qui ont accompagné la mise en place du médecin traitant coûtent 600 millions d’euros par an à la Sécurité sociale. Les suppléments de rémunération accordés aux médecins n’ont pas été évalués de façon rigoureuse ». La Cour des comptes relève qu’« en regard de ces surcoûts avérés, les économies attendues de l’optimisation des soins médicaux n’ont jamais donné lieu à évaluation ».

La réforme du médecin nécessaire

Les Echos note que « la réforme du médecin traitant est pourtant nécessaire pour généraliser une médecine de parcours », au centre de la « stratégie nationale de santé » annoncée par Jean-Marc Ayrault. Elle est malheureusement « toujours inaboutie » ». Les magistrats remarquent que « les expérimentations visant à une prise en charge des patients chaînée et coordonnée entre les divers acteurs du système de soins se sont certes multipliées, mais dans le plus grand désordre et en ne faisant que peu appel au médecin traitant »

Une réforme purement administrative

Le journal évoque un « manque de relations entre les professionnels, les retards du dossier médical personnel… », la Cour observant que « chaque acteur tend à vouloir que la coordination s’exerce à partir de sa propre sphère de responsabilité ». Didier Migaud, premier président de la Cour, estime ainsi que « la réforme est restée purement administrative, sans apporter la meilleure coordination des soins qui était son ambition, [et demande que le médecin traitant soit] clairement réaffirmé comme le coordinateur des soins de ses patients ».

Parcours qui coûte cher au patient

Le Figaro aborde aussi ce rapport et son « florilège des grands gaspillages d’argent public ». Le journal évoque entre autres le parcours de soins, qui « coûte cher au patient ». Le quotidien poursuit : « À première vue, le dispositif de « médecin traitant » est un succès. Plus de 9 actes médicaux sur 10 sont effectués au sein du « parcours de soins ». […] « L’adhésion des assurés au dispositif ne se dément pas », se félicite la Cour des comptes. Mais c’est bien le seul compliment qu’elle accorde au dispositif ».

Le Figaro évoque des « surcoûts non-négligeables », […] notamment pour les patients. […] Plus étonnant, l’assuré paie également plus cher… s’il s’y conforme. Les spécialistes chez qui l’envoie son généraliste perçoivent en effet des majorations d’honoraires pour participer au parcours de soins ».

Résultat

« La mise en place de ce système a accru les revenus des médecins de 595 millions d’euros en 2011. Certes, il s’agit d’une contrepartie négociée pour leur travail supplémentaire d’orientation et de suivi du patient. Mais, « curieux paradoxe », les généralistes, dont le rôle de pivot devait être mieux reconnu à l’occasion de cette réforme, y ont moins gagné que les spécialistes (285 millions d’euros contre 310 millions) », poursuit le journal. Le Figaro retient que « la Cour estime qu’un dispositif d’évaluation « rigoureux » des rémunérations doit être mis en place, et ces dernières être subordonnées à des « gains d’efficience », c’est-à-dire des économies pour la Sécu et un meilleur traitement des patients ».

Le Monde observe de son côté que « le contenu médical du dispositif a été négligé, se penchant lui aussi sur cette « réforme « inaboutie », où l’intérêt économique l’a emporté sur l’intérêt médical. […] Les bons scores d’adhésion s’expliquent pour beaucoup par la peur des pénalités, de plus en plus élevées, fixées pour dissuader d’aller consulter un spécialiste sans passer par le médecin traitant ».

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