Traitement de l’arthrose et déremboursement

Mise à jour le 13/04/2017, par Cédric - AFLAR

imprimer l'article

L’arthrose est un véritable fléau médical (plus de 10 millions d’arthrosiques en France en France, 7 millions de symptomatiques souffrant et gênés au quotidien ; Deuxième cause d’invalidité en France et seconde cause de consultation en France, après les maladies cardiovasculaires, avec un coût en 2010 de plus de 3.5 millions d’euro.


Nous citons volontiers vos travaux sur ce sujet durant nos différentes interventions.
Cette véritable maladie qui entraîne une destruction active du cartilage et de l’articulation (ce n’est pas de l’usure), est mal reconnue et n’est présente dans aucun plan ou priorité de santé en France en tant que telle.
Les traitements associent une prise en charge non médicamenteuse (activité physique, kinésithérapie, orthèse, perte de poids, éducation thérapeutique) et médicamenteuse (antalgique, AINS, AASAL Topique locaux, infiltration corticoïde et viscosupplémentation d’acide hyaluronique)

L’ensemble de ces traitements ont une efficacité faible à modérée, mais non nulle

L’effet taille (effet du traitement versus placebo) est de l’ordre de 0.22 jusqu’à 0.60 selon les études.

Effet taille des traitements dans l’arthrose :

Paracétamol : 0.14 à 0.22
Acide hyaluronique : 0.37 à 0.50
Glucosamines : 0.30
Chondroïtine : 0.75
AINS : 0.32
Opioïde : 0.79

Aucune molécule n’a un effet taille important dans cette pathologie. Seule l’accumulation de différents petits effets permet de prendre en charge efficacement l’arthrose en France. C’est d’ailleurs une exceptions française, que cette prise en charge de l’arthrose permettant notamment de poser deux fois moins de prothèses, que la plupart de nos voisins européens , grâce à la viscosupplémentation.

Pour le sujet qui nous concerne aujourd’hui, en effet nos adhérents et patients ont voulu que nous montions aux créneaux pour combattre le projet de déremboursement de la prise en charge de l’arthrose (anti-arthrosique d’action lente et viscosupplémentation).
Depuis trois ans, les français souffrant d’arthrose sont sous la menace d’un déremboursement d’un pan entier de la prise en charge.
En effet, l’HAS étudiant molécule par molécule leur efficacité, sans tenir compte du contexte et de l’environnement de cette maladie (et notamment les reports de prescription en cas de déremboursement), ainsi préconise de dérembourser les anti-arthrosique d’action lente (AASAL) devant une efficacité faible, molécule prise une par une.
Nous sommes d’accord sur la conclusion de l’HAS qui retient une efficacité faible à modérée ; efficacité qui a le mérite d’être présente avec un profil de tolérance très en faveur de ce type de traitement. Nous savons parfaitement que ces molécules prises isolément , une par une, ont une efficacité faible à modérée.
Par contre nous sommes inquiets des conséquences de ce déremboursement préconisé par l’HAS.

Ces signaux rouges qui nous inquiètent en cas de déremboursement sont :

- le passage de 35% à 15% de prise en charge par la Sécurité Sociale de ces AASAL en 2009, a conduit dans la vraie vie , à un report de 79% vers les AINS + IPP avec surcoût à la clef.
- surcoût humain, puisque 900 000 utilisateurs d’AASAL sont des personnes âgées à fort risque de complication iatrogène avec les AINS (16 000 morts par an aux USA et cela a entraîné 5.6% d’hospitalisation en urgence des personnes âgées) ; je parle volontiers "d’effet Médiator à l’envers" avec potentiellement des dizaines de morts liés à ces reports.
- un focus groupe mise en place l’an dernier avec des utilisateurs des AASAL, conclut en cas de déremboursement, à un report massif de prescription vers des séances de kiné, antalgiques et AINS (remboursée à 65%) ; donc surcoût flagrant.

Le rapport Bégaud allant dans notre sens aussi. Par ailleurs, il existe une inégalité pour les patients après le déremboursement, compte tenu du statut juridique différent des futurs traitements déremboursés. En effet, dans l’hypothèse d’un déremboursement, certains médicaments pourront être vendus librement sans ordonnance ; chondrosulf, piasclèdine, art 50 et la glucosamine de Novartis.
Toutes les autres glucosamines : oxaflexan, dolenio, flexia, structoflex... sont inscrites sur la liste II. Ce qui signifie que pour être vendues aux patients, celles-ci doivent avoir une primo-ordonnance.
En cas de déremboursement, elles ne seront plus vendues directement, alors que leur prix est très inférieur aux autres... C’est une double peine pour les patients !

Nous ne comprenons pas l’obstination de Madame la Ministre de vouloir dérembourser alors que le principe de précaution élémentaire voudrait qu’une commission, en toute indépendance se penche sur ce problème.

Par ailleurs la viscosupplémentation doit être réévaluée par l’HAS fin2014, avec là aussi, une probable confirmation de la proposition de déremboursement de ces traitements (1er proposition de déremboursement rejetée devant un conflit d’intérêt du Président de la commission, à l’époque le Prof Dubernard fin 2013).
Les rhumatologues et rééducateurs ont relayé fortement cette mobilisation dans la France entière ; les patients se mobilisent.
Nous demandons que dans l’avenir tout déremboursement soit accompagné d’une étude d’impact ! Comme semble d’ailleurs le proposer l’académie de médecine par un texte datant du 28 octobre 2014.

L’Académie, saisie dans sa séance du 28 octobre 2014, a adopté ce texte avec 47 voix pour, 8 voix contre et 8 abstentions.

« En matière de médicaments, les mesures doivent prendre en compte, à côté de l’aspect purement médical, ceux de la recherche, de l’économie et de l’industrie : 1) Les médicaments dont l’utilité n’est plus justifiée ne doivent pas être remboursés ; 2) en revanche, le dé-remboursement total des médicaments à faible service médical rendu, risque d’aboutir à une substitution par de nouveaux médicaments plus coûteux ; 3) les conséquences médicales des décisions concernant le prix de remboursement des médicaments devraient être mieux prises en compte ; 4) par-dessus tout, il est indispensable, de parvenir à un bon usage des médicaments : pour les médecins par la formation initiale en pharmacologie et en thérapeutique, puis par la formation continue, pour le public par une éducation à la santé correcte et objective. »