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(Lecture 6 min)
En collaboration avec Dr Laurent Grange (Rhumatologue)

Le 11 janvier, lʼassociation française de lutte anti-rhumatismale (AFLAR) et la Fondation Arthrose ont publié les résultats de lʼenquête Stop-Arthrose II, lancée en 2019. Et force est de constater que quasiment dix ans après la première enquête, la prise en charge de cette maladie ne sʼest pas améliorée.

En 2013, lʼassociation française de lutte anti-rhumatismale (AFLAR) et la Fondation Arthrose avaient réalisé lʼenquête Stop-Arthrose, pour évaluer lʼimpact de lʼarthrose sur la qualité de vie des patients et leurs besoins et attentes en termes de prise en charge. Six ans après, elles ont remis le couvert avec Stop-Arthrose II, dont les résultats ont été publiés le 11 janvier 2022. Cette étude a été menée auprès de 3 400 patients français et belges.

Et le constat est sans appel : lʼétude de 2019-2021 “donne une photographie quasi identique à celle de 2013, peut-on lire dans le résumé. On ne constate que peu ou pas d’amélioration sur l’ensemble des items. En plus de la douleur qui concerne près de 9 patients sur 10, la fatigue est préoccupante pour 1 arthrosique sur 2. L’arthrose gêne également le sommeil de 68 % des patients.

L’impact sur la vie sociale reste très important : les loisirs (78 %), la vie de famille (62 %), la vie professionnelle (44 %), la vie de couple (25 %) avec des conséquences sur la vie sexuelle pour 32 % des répondants. Et il ne faut pas sous-estimer la mauvaise image de soi qui touche 64 % des arthrosiques.” Un constat “désespérant” selon le docteur Laurent Grange, rhumatologue et président de lʼAFLAR, qui nous en dit plus sur les raisons de cet “immobilisme” dans la prise en charge des patients arthrosiques.

Doctissimo : Quels sont les principaux éléments à retenir de cette nouvelle étude ?

Dr Laurent Grange, rhumatologue et président de lʼAFLAR : Lorsqu’on la compare à la première étude qu’on a faite en 2013 (le même questionnaire a été posé), on observe quʼil n’y a pas d’amélioration significative de la prise en charge de l’arthrose en France, ce qui est un peu désespérant puisque dans d’autres pathologies, il y a eu pas mal d’améliorations à ce niveau-là. Dans l’arthrose manifestement, on retrouve quasi chiffre pour chiffre les mêmes résultats, les mêmes attentes, les mêmes besoins, notamment au niveau de la prise en charge de la douleur : 90% des patients disent être mal pris en charge au niveau de la douleur.

L’arthrose est très fréquente : elle touche 17% de la population française, soit 10 millions de Français, avec 6 à 7 millions de personnes symptomatiques. Elle nʼest donc pas considérée comme une vraie maladie, mais plutôt comme les rides des articulations : on se dit que cʼest dû au vieillissement et quʼil nʼy a rien à faire. Mais en réalité, l’arthrose ne touche pas que des personnes âgées : elle touche aussi des gens actifs, qui travaillent. Plus de 40 % des répondants en 2021 disent que la maladie a un impact sur leur activité professionnelle, par exemple.

Pourquoi ne constate-t-on pas dʼamélioration dans la prise en charge de cette maladie ?

Dʼabord, puisquʼelle nʼest pas considérée comme une vraie maladie, il y a probablement un problème de formation initiale et secondaire sur la prise en charge de l’arthrose en France. Il faut savoir que lʼon n’avait pas de recommandations pharmacologiques officielles des sociétés savantes jusqu’à il y a deux ans, et les recommandations non pharmacologiques ne sont sorties quʼen décembre dernier. Ensuite, quand on regarde le volume budgétaire alloué à la recherche pour l’arthrose, il est très faible par rapport à d’autres pathologies. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut arrêter la recherche sur les autres pathologies, mais il faut à mon avis faire un focus sur lʼarthrose pour que lʼon arrive à trouver des molécules qui puissent arrêter son évolution. Pour l’instant, on n’en a pas. Donc tout cela fait que ça ne s’améliore pas.

 

 

 

 

Aujourd’hui, en quoi consiste la prise en charge de l’arthrose ?

La prise en charge de lʼarthrose est d’abord non pharmacologique. Le premier traitement, c’est l’activité physique et le renforcement musculaire. C’est un peu bateau de dire ça, mais c’est la réalité. Les muscles vont protéger les articulations, notamment au niveau du genou : par exemple, si on renforce le quadriceps (le muscle au-dessus du genou), on va améliorer sa qualité de vie de manière significative. Marcher 6 000 pas par jour suffit à améliorer les patients. Il faut simplement que lʼactivité physique soit adaptée : en fonction du type d’arthrose, du stade de l’arthrose… On sait également que le surpoids est un gros pourvoyeur d’arthrose, à la fois par les contraintes mécaniques exercées sur les articulations, mais également par la production de substances dans le sang qui va favoriser l’arthrose (les adipokines). Perdre 5 à 10 % de son poids permet dʼaméliorer de 25 % sa qualité de vie. La cure thermale a aussi un intérêt : plein d’études montrent que dans l’année qui suit une cure thermale, on observe une baisse de l’utilisation des antalgiques et des anti-inflammatoires parce que les patients vont mieux. Ensuite, il y a toutes les aides techniques : genouillères, orthèses de repos, de fonction, qui vont aider à la reprise d’activité physique, qui vont soulager les articulations. Il y a aussi les cannes, qui souffrent de préjugés, mais qui aident bien pour marcher. Et puis, il y a tous les dispositifs chauffants, qui ont un effet antalgique.

Et quid de la prise en charge pharmacologique ?

Il y a dʼabord les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qui permettent de soulager lʼinflammation. Ensuite, il y a les anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL), qui ont été déremboursés il y a quelques années mais qui sont maintenus dans les recommandations de la prise en charge de l’arthrose parce qu’il y a des études qui montrent une certaine efficacité de ces médicaments. Il y a aussi les topiques locaux : les pansements anti-inflammatoires, les pommades, notamment à base de capsaïcine, un extrait du piment qui a un effet antalgique. Si lʼon a toujours mal, on peut prendre des opioïdes faibles, comme le tramadol. Les opioïdes forts ne sont réservés quʼaux arthroses qui ont une contre-indication à la chirurgie. Et enfin, il y a les traitements locaux, comme les injections de cortisone lorsqu’il y a des poussées inflammatoires au niveau des articulations et la viscosupplémentation d’acide hyaluronique, qui vont améliorer les patients sur la durée. Les patients utilisent également beaucoup de compléments alimentaires à base de curcuma, de harpagophytum, etc., pour les soulager.

 

 

 

Cette prise en charge est-elle efficace ?

L’idée reçue qui circule fréquemment, notamment chez les médecins généralistes, cʼest que dans lʼarthrose, il nʼy a rien à faire. C’est vrai que l’on n’a pas beaucoup d’evidence-based medecine (médecine fondée sur les preuves, NDLR) pour dire que ces différentes méthodes fonctionnent. Mais pour certains patients, cela fonctionne, et cʼest en associant plusieurs méthodes que lʼon va améliorer de manière significative leur qualité de vie. Le message à faire passer, c’est qu’il faut en parler à son médecin ou son pharmacien, parce que même les plantes peuvent être toxiques et peuvent avoir des interactions avec les traitements. Et lʼéducation thérapeutique, lʼinformation sont importantes : les patients, sʼils connaissent mieux leur maladie et ses traitements, sont mieux pris en charge. Toutes les études montrent que cela fonctionne très bien.

Quels sont les axes à améliorer dans la prise en charge de lʼarthrose ?

Pour moi et pour l’AFLAR, il faut d’abord favoriser et améliorer la formation des professionnels de santé : médecins généralistes, kinés, ergothérapeutes, etc. Il y a un enjeu majeur car les médecins généralistes gèrent la majorité des patients arthrosiques (70 à 80 %). Ensuite, il faut améliorer l’information des patients, parce que si on leur fournit lʼinformation, ils pourront aller chercher des solutions. Enfin, il faut favoriser la recherche. Il faut qu’on ait à disposition des nouvelles molécules. Et dʼautres solutions semblent intéressantes à lʼavenir, comme les greffes de cellules souches, les modulations du microbiote intestinal…

 

 

Quel est le message à faire passer aujourd’hui selon vous ?

Le message principal, c’est que l’arthrose n’est pas une fatalité. Il y a des choses à faire. Renseignez-vous.
Contactez votre médecin, voire consultez un rhumatologue via votre médecin traitant en respectant le parcours patient, mais il ne faut pas rester dans votre coin en souffrant.

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